Qui es-tu ?
Je m’appelle Olivier Gourvat, je suis créateur de caractères basé en France et fondateur de Mostardesign Type Foundry. Je conçois des polices destinées à divers projets, ainsi que des créations sur mesure pour les entreprises cherchant une typographie unique pour renforcer leur identité de marque.
Quel est ton parcours ?
Je dirais que la typographie, c’est avant tout une affaire de famille ! Dès mon plus jeune âge, j’ai été plongé dans cet univers grâce à mon père et mon grand-père, tous deux peintres en lettres. L’atelier de mon père était situé près de notre maison, et j’y allais souvent pour jouer et passer du temps. Il concevait et peignait à la main des panneaux publicitaires et des enseignes pour de grandes marques françaises. Je me souviens encore de l’immensité de cet atelier, rempli de panneaux, de lettres peintes à la main et de pots de peinture disséminés un peu partout. C’était fascinant ! Je me demandais souvent : « Comment peut-on créer de telles choses avec un simple pinceau ? ». Mon père avait ses polices favorites, notamment la Choc et la Banco, dessinée par Excoffon.
En grandissant, j’ai commencé à dessiner toutes sortes de choses : des personnages de bande dessinée, des logos imaginaires, des fausses affiches, des lettrages, etc. Un jour, en explorant l’atelier, j’ai découvert les catalogues de Letraset et de Mecanorma, et ce fut une véritable révélation pour moi. J’ai demandé à mon père comment cela fonctionnait et je me suis mis rapidement aux planches-lettres de Mecanorma pour illustrer mes dessins. Je trouvais ça vraiment génial de pouvoir créer des lettrages en quelques minutes pour agrémenter mes dessins.
Ensuite, j’ai entamé des études de graphisme à l’école Toulouse-Lautrec à Bordeaux où j’ai vraiment appris à tracer et à dessiner des lettres. Les cours étaient vraiment bien pour la typographie. Puis, j’ai continué mes études à l’école MJM de Toulouse, où j’ai appris le métier de graphiste-illustrateur avec des profs géniaux qui m’ont vraiment donné envie de faire ce métier.
Pourquoi la typographie ?
Pendant mes études de graphisme et avec les bases typographiques que j’avais, j’ai vite compris à quel point la typographie était essentielle dans le design graphique. J’avais déjà quelques compétences en la matière, et j’ai découvert que bien manier la typographie pouvait vraiment rendre les visuels plus impactants. Les possibilités créatives offertes par les polices me semblaient infinies et j’ai poursuivi dans cette direction. Avec le temps, je me suis également intéressé à l’héritage typographique, qui est vraiment riche en histoire.
Quelle est ta méthode pour concevoir une police de caractères ?
Je n’ai pas de méthode fixe, en fait. J’ai un carnet où je dessine tout ce qui me traverse l’esprit. Ce ne sont pas vraiment des croquis précis, mais plutôt un pense-bête pour ne rien oublier. Mon inspiration vient de partout : des enseignes que je vois en ville, des spécimens d’anciennes fonderies, des pochettes d’albums, etc. Je laisse mijoter ces idées pendant plusieurs semaines, puis je commence à les organiser sur papier de façon plus précise. Je teste plusieurs concepts d’alphabets pour déterminer lequel est le plus intéressant et exploitable.
Ensuite, je passe à la phase de prototypage numérique sur Glyphs pour affiner l’idée générale, vérifier que je suis dans la bonne direction par rapport à l’esprit que je souhaite obtenir, et m’assurer que toutes les idées sont réalisables (graisses, hauteurs, etc.). Une fois cette étape terminée, je commence la réalisation proprement dite. En cours de création, je teste beaucoup la police sur Illustrator en faisant des essais de mise en page éditoriale et d’intégration web. Cette phase est cruciale pour moi, car c’est le moment où je me demande si c’est une police que j’aimerais utiliser en tant que designer graphique.
Pour le kerning et les espacements, je travaille depuis des années avec Igino Marini de iKern. Sa vision unique et son savoir-faire enrichissent considérablement le projet. Son expertise joue un rôle clé dans le résultat final de chacun de mes projets typographiques.
Quels outils utilises-tu ?
Pendant une dizaine d’années, j’ai utilisé FontLab, car c’était vraiment la seule solution professionnelle pour travailler la typographie avec des masters. À l’époque, il n’y avait pas vraiment d’alternative. Puis, après quelques années, je suis passé sur Glyphs, dès la version 1, qui a apporté un vrai vent de fraîcheur dans la conception typographique. La gestion des diacritiques, par exemple, est devenue beaucoup plus simple et cela faisait gagner un temps fou. Je l’ai rapidement adopté. Aujourd’hui, j’utilise encore FontLab, mais plus rarement.
Et puis, il y a la musique qui est vraiment un outil indispensable dans mon processus créatif. J’en écoute énormément et c’est aussi essentiel pour moi dans la création de mes typos que l’utilisation d’un logiciel. Depuis mon adolescence, la musique est une partie intégrante de ma vie, et elle me stimule énormément. Le rock et le punk, en particulier, me donnent un vrai coup de boost et peuvent parfois être le catalyseur dont j’ai besoin pour faire avancer mes créations typographiques.
Comment vends-tu tes polices ?
Je ne vends pas directement les polices sur mon site. Celui-ci est principalement destiné à permettre le test de mes polices grâce à une licence d’essai premium, qui inclut tous les caractères disponibles et le téléchargement illimité des polices pour les prototypes et maquettes éditoriales. Cette solution offre aux agences, freelances et grands comptes la possibilité d’intégrer mes polices dans leur workflow de création sans contraintes, leur permettant de proposer des maquettes vraiment abouties. C’est une licence souple qui répond parfaitement à leurs besoins, assurant un rendu au plus près de leurs attentes.
Mon catalogue de polices est disponible sur les principales plateformes de vente en ligne, telles que MyFonts, Fontspring, Creative Market et YouWorkForThem. Elles sont également accessibles sur Adobe Fonts ou avec un simple compte Adobe Creative Cloud, ce qui permet aux designers de les essayer facilement et rapidement. Pour les agences et grandes marques préférant travailler avec Monotype, mes polices sont aussi disponibles sur leur plateforme Monotype Fonts, par abonnement.
Le respect des droits d’auteur est-il important pour toi ?
Oui, c’est même essentiel ! Sans cela, on ne pourrait pas exercer ce métier. Malheureusement, trop de personnes continuent de pirater les polices, et c’est vraiment regrettable. Elles ne réalisent pas le travail que cela représente, ni le temps qu’il faut pour créer une police destinée à des usages professionnels, sans parler de l’implication artistique. Il y a encore de la sensibilisation à faire pour que les gens comprennent que la typographie est une discipline à part entière dans le processus de communication.
Cela dit, les choses commencent à évoluer. Je reçois de plus en plus de mails de clients qui s’interrogent sur leurs licences, et j’essaie toujours de les orienter au mieux. Je pense qu’il y a aussi un travail à faire de notre côté pour simplifier les licences et les rendre plus explicites, afin que les utilisateurs n’aient plus à se demander s’ils respectent bien les règles d’usage des polices qu’ils ont achetées. Avec l’arrivée de sociétés indépendantes comme FontRadar, avec qui je collabore, et qui aident à résoudre les problèmes liés aux polices non licenciées, on progresse dans la bonne direction.
Quelles sont tes dernières actualités ?
Je travaille actuellement sur une nouvelle version variable de Sofia Pro, qui offrira un spectre de chasses beaucoup plus étendu. Cette version inclura également le support du grec et du vietnamien. Si tout se passe bien, j’espère la sortir dès le début de l’année prochaine. Ensuite, je passerai à un projet plus inhabituel : une police inspirée du mouvement Do It Yourself (DIY). Ce mouvement, né avec les punks dans les années 70, m’intéresse particulièrement pour sa dimension typographique. Je suis curieux de voir comment ils se sont appropriés les fontes et comment ils les ont utilisées à travers les affiches, les pochettes d’albums, les flyers de concerts, etc.
Crush Everything With Fonts!
Crédits photo : Jean-Luc RENOUIL


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