Présentez-vous
Je m’appelle Alfonso García. Je suis créateur de caractères et pour l’instant je dirige seul ma fonderie, Alffonts. Je vis à San Juan, dans l’ouest de l’Argentine où j’enseigne également la typographie à l’université nationale locale. En dehors du travail et de l’enseignement, j’aime regarder des films avec ma compagne et nos chats ou m’essayer à la guitare.
Quel est votre parcours ?
J’ai étudié le design graphique dans ma ville natale. Entre 2006 et 2010, j’ai travaillé pour des entreprises de signalétique, de petits studios de design, tout en réalisant quelques projets en freelance. À cette époque déjà, je savais que les lettres étaient ma véritable passion et j’ai cherché à apprendre autant que possible par tous les moyens.
En 2011, je me suis installé à Buenos Aires pour intégrer le programme de troisième cycle en création typographique de l’Université de Buenos Aires, dirigé par Rubén Fontana. Cette formation m’a permis de structurer et d’approfondir ce que j’avais jusque-là appris en autodidacte.
De 2015 à 2023, j’ai vécu à Santiago du Chili, où j’ai travaillé chez Latinotype. Depuis 2024, je travaille en indépendant afin de me consacrer pleinement à mes projets personnels et de mettre au service de mes clients plus de dix ans d’expérience en design typographique.
Pourquoi être créateur de polices ?
Pendant mes études de design graphique, je me suis d’abord passionné pour la sémiotique — cet espace entre le signe et la linguistique. Puis, à la suite d’un contretemps académique, je me suis retrouvé à m’investir davantage dans la typographie… et il n’y a plus eu de retour en arrière.
Je suis fasciné par le degré de subtilité que peut atteindre la lettre, notamment dans les polices de texte. Les caractères de titrage, eux, jouent sur une expressivité différente, moins discrète, tout aussi intéressante. Je crois aussi que mon intérêt adolescent pour la poésie n’est pas étranger à tout cela. J’aime d’ailleurs dire : « Peut-être qu’on ne lira pas mes mots, mais j’espère qu’on lira mes lettres. »
Et, il faut bien l’avouer, une certaine forme d’obsession est sans doute utile dans ce métier.
Quel est votre processus pour concevoir une police ?
Ma formation secondaire étant orientée vers la physique et les mathématiques, j’ai tendance à aborder le design comme un processus proche de la méthode scientifique. Tout commence par une question :
-Peut-on concevoir une police à partir de telle idée ?
-À quoi doit-elle ressembler pour répondre à un usage précis ?
-Peut-elle apporter quelque chose de nouveau à un style existant ?
Une fois cette question posée, je mène les recherches nécessaires : techniques, historiques, culturelles, conceptuelles, ainsi que des références typographiques. Cela me permet de formuler plus clairement le problème et d’identifier ma contribution.
Le dessin à la main reste présent tout au long du processus. Les croquis me servent à formuler des hypothèses. Je passe ensuite à l’expérimentation, en développant les premières lettres pour tester l’idée — souvent en commençant par « n-o-v-a », puis « v-i-d-e-o » et « s-p-a-n ».
Au fil du travail, je teste des mots, réalise des impressions et évalue si le projet répond à la question initiale, s’il est viable et s’il mérite d’être poursuivi.
Quels outils (dessin, logiciels) utilisez-vous ?
Aujourd’hui, je travaille exclusivement avec Glyphs App — même si j’aime rappeler, non sans humour, que j’ai commencé avec Fontographer.
Comment et où vendez-vous vos polices ?
Pour l’instant, mes caractères sont disponibles sur MyFonts, sous le nom Alffonts. Un site dédié est en cours de développement.
La conformité des polices est-elle importante pour vous ?
La gestion des licences est actuellement assurée par Monotype. C’est un aspect essentiel de mon activité, compte tenu du temps investi dans chaque projet et de la nécessité d’en vivre. Cela dit, pour une fonderie indépendante, il reste difficile de faire respecter les licences à grande échelle.
Par ailleurs, la réalité économique locale complique souvent l’intégration du coût d’une typographie dans un projet. Dans certains cas, le prix d’une famille de caractères équivaut à celui d’une mission de design complète, ce qui rend les projets moins compétitifs.
Dans ce contexte, des initiatives comme le « Fair Font Pricing » de NaN Type Foundry me semblent particulièrement pertinentes. Les polices libres constituent également une alternative intéressante.
En tant qu’enseignant, j’accorde une grande importance à la sensibilisation des étudiants à ces questions, souvent absentes des formations par le passé. Je les encourage aussi à découvrir de nouvelles fonderies et à s’intéresser à la création contemporaine.
Des nouvelles à partager ?
Au 14 avril 2026, je viens de publier ma deuxième police en tant que designer indépendant : Lebecque. Ce projet a débuté lors du programme EcTD à l’Institut Plantin-Moretus. Il s’agit d’une interprétation contemporaine d’une typographie Renaissance. Son usage permettra de juger si cette intention initiale est atteinte.
Lebecque a d’ailleurs été sélectionnée pour l’exposition Tipos Latinos 2026.
Par ailleurs, une nouvelle linéale grotesque est en préparation. Inspirée d’une étiquette de jouet, elle revisite ma police précédente, Jouets, avec des corrections et l’ajout d’une version italique. Sa sortie est prévue dans les prochaines semaines.


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